Pylône de télécommunications hérissé d'antennes et de paraboles, accolé au bâtiment en pierre du Fort du Télégraphe à Valloire, avec une montagne en arrière-plan sous un ciel bleu et des véhicules garés au pied de la tour

Journées du Patrimoine : radioamateurs au Fort du Télégraphe

Reportage aux Journées Européennes du Patrimoine 2026 au Fort du Télégraphe (Valloire) : radioamateurs, indicatif TM73FT, matériel radio militaire vintage et secours ADRASEC, du sémaphore Chappe aux ondes contemporaines.

Les 19 et 20 septembre 2026, les Journées Européennes du Patrimoine ont ouvert les portes du Fort du Télégraphe, à Valloire (Savoie), à la rencontre des radioamateurs venus y installer leurs stations. #MauriennisezVous y est allé caméra au poing, sur ce promontoire qui domine la vallée de la Maurienne depuis plus de deux siècles d’histoire des télécommunications.

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Un fort voué aux télécommunications depuis deux siècles

Le Fort du Télégraphe occupe un promontoire rocheux qui surplombe la vallée de la Maurienne, entre Valloire et Saint-Michel-de-Maurienne. Construit à la fin des années 1880 selon le système défensif Séré de Rivières, il doit son nom à un poste de télégraphie Chappe qui fonctionnait sur ce site au début du XIXe siècle, sur la ligne reliant Lyon à Milan, prolongée jusqu’à Venise en 1809.

Ce télégraphe optique à bras articulés transmettait des messages bien avant l’électricité, de poste en poste, chacun en vue du suivant. Le site n’a jamais vraiment quitté ce rôle : un réémetteur de télévision pour la RTF y est installé en 1962, la commune de Valloire rachète le fort en 1999, et le pylône qui domine aujourd’hui le bâtiment porte les antennes de télécommunications de la vallée.

Pylône de télécommunications hérissé d'antennes et de paraboles, accolé au bâtiment en pierre du Fort du Télégraphe à Valloire, avec une montagne en arrière-plan sous un ciel bleu et des véhicules garés au pied de la tour
Le pylône du Fort du Télégraphe, qui porte aujourd’hui les antennes de télécommunications de la vallée.

C’est cette continuité, du sémaphore optique aux ondes radio, que les Journées Européennes du Patrimoine ont mise en avant, à l’initiative de l’Association des Radioamateurs de Savoie (REF 73) et du Radio-Club de la Maurienne (F4KNX), avec le soutien de la municipalité de Valloire.

Une passion transmise depuis 1968 : la licence radioamateur

Sur place, plusieurs stations radioamateurs fonctionnent en direct dans l’enceinte du fort. Parmi les passionnés présents, Gérard a obtenu sa licence dès 1968, alors délivrée par les PTT. Elle l’est aujourd’hui par l’ANFR, mais l’examen n’a pas changé de nature : une partie administrative (le cadre légal, l’attribution des fréquences, les règles de trafic) et une partie technique (la constitution d’un émetteur-récepteur, la propagation des ondes, le dépannage).

TM73FT, l’indicatif qui a voyagé jusqu’en Corée du Nord

Pour le week-end, l’administration a délivré un indicatif spécial : TM73FT. Le préfixe TM signale un événement spécial en France, 73 désigne le département de la Savoie, FT le Fort du Télégraphe. Grâce à un partenariat avec la mairie de Valloire, chaque station contactée dans le monde reçoit en retour une carte QSL illustrée, qui fait au passage la promotion du village et de son patrimoine.

Cet échange de cartes est au cœur d’une pratique appelée le DXing : contacter le plus de pays, ou plus exactement de « contrées » radioamateurs (341 recensées à ce jour). Gérard en a coché une rarissime, la Corée du Nord, via un opérateur ukrainien temporairement autorisé à émettre depuis le pays, l’un des plus fermés au monde sur les ondes. Ce genre de contact rappelle une autre figure mauriennaise des télécommunications, le général Gustave Ferrié, né à Saint-Michel-de-Maurienne, pionnier de la radiodiffusion française.

Trois façons de parler par les ondes

Pendant le reportage, l’équipe participe à un concours international de radioamateurs. Trois modes de transmission se démontrent en direct sur la table d’opération : la télégraphie (CW), en morse, par points et traits ; la phonie (SSB), à la voix ; et les modes numériques, qui décodent par ordinateur des signaux très faibles noyés dans le bruit à grande distance.

Les liaisons se font sur les bandes HF, du 80 au 10 mètres, avec une préférence marquée pour le 14 MHz (20 mètres), et jusque par satellite géostationnaire (QO-100). Ce jour-là, des contacts sont établis avec la Hongrie et la Suède : un indicatif tapé au clavier, une réponse, et un échange de reports de signal appelé le code RST (par exemple « 59 », pour une lisibilité et une force de signal parfaites).

Ce goût pour la radio comme outil de communication déborde largement le loisir : l’association #MauriennisezVous utilise elle-même des talkies-walkies pour coordonner ses équipes de tournage, notamment dans les zones sans réseau mobile.

Vue panoramique depuis le Fort du Télégraphe sur la vallée de la Maurienne et ses montagnes, avec le pylône d'antennes de télécommunications à droite et des véhicules garés au premier plan
La vallée de la Maurienne vue depuis le Fort du Télégraphe : la même ligne de crête a porté un sémaphore, un relais de télévision, puis des antennes radio.

De la lampe à la puce : une exposition de matériel radio militaire

Le fort accueille aussi une exposition qui retrace l’évolution du matériel radio, de 1945 aux années 1980 et au-delà. Les premières stations militaires, à tubes, sont si lourdes qu’il fallait quatre personnes pour les déplacer et les faire fonctionner : une pour la génératrice, deux pour le poste et l’antenne, une pour prendre les notes.

Parmi les pièces montrées, un récepteur Thomson-CSF, matériel français de précision que Gérard a lui-même utilisé pendant son service militaire aux îles Kerguelen. Viennent ensuite les postes hybrides des années 1970-1980, comme certains modèles Kenwood, qui associent une réception à transistors à un étage final d’émission à tubes, seule solution de l’époque pour conserver de la puissance.

L’exposition met aussi en regard la miniaturisation à l’œuvre : un ancien poste américain de 100 watts vendu autour de 400 dollars il y a une trentaine d’années, du matériel chinois ultra-compact contemporain, et un émetteur entièrement construit à la main par un radioamateur de Chambéry, étage final compris.

L’ADRASEC 73, la radio au service de la sécurité civile

L’interview met aussi en avant l’ADRASEC, l’Association des Radioamateurs au Service de la Sécurité Civile, reconnue d’utilité publique. Sa mission la plus spectaculaire : la recherche goniométrique d’avions en détresse. Quand un aéronef s’écrase, sa balise émet un signal sur 121,5 MHz et transmet sa position GPS toutes les minutes vers un satellite. Les données remontent à Toulouse, puis au centre national de Mont-Verdun, qui alerte la préfecture de Savoie. Les équipes de l’ADRASEC partent alors sur le terrain, récepteur goniométrique en main, pour localiser l’épave au plus vite.

Ses bénévoles interviennent aussi pour maintenir la liaison radio lors d’opérations de spéléo-secours, entre le fond des gouffres, la surface et le poste de commandement, et s’entraînent régulièrement à l’embarquement héliporté avec le PGHM, les pompiers et l’armée, pour intervenir sur les reliefs les plus escarpés de la Savoie.

Une passion à découvrir sur place

Merci aux radioamateurs de l’Association des Radioamateurs de Savoie et du Radio-Club de la Maurienne pour leur accueil, et à la commune de Valloire pour l’ouverture du fort. Pour situer le lieu et préparer une visite : le site officiel du Fort du Télégraphe, la page Wikipédia et la fiche du patrimoine de Savoie.

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Questions fréquentes sur les radioamateurs du Fort du Télégraphe

Qu’est-ce que l’indicatif TM73FT ?

C’est l’indicatif spécial délivré pour le week-end des Journées Européennes du Patrimoine 2026 : TM pour un événement spécial en France, 73 pour le département de la Savoie, FT pour le Fort du Télégraphe.

Qu’est-ce que l’ADRASEC ?

L’Association des Radioamateurs au Service de la Sécurité Civile est une organisation bénévole reconnue d’utilité publique. Elle aide les secours à localiser des balises de détresse aéronautiques et maintient des liaisons radio lors d’opérations de spéléo-secours.

Peut-on visiter le Fort du Télégraphe toute l’année ?

En dehors des Journées du Patrimoine, le fort n’ouvre au public qu’en été, lors de visites guidées organisées par la commune de Valloire. Le programme est publié sur le site officiel du fort.

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