Samedi 17 octobre 2026, La Toussuire s’est souvenue. Devant la stèle des parachutistes de La Toussuire, élus, anciens combattants, enfants des écoles et habitants ont rendu hommage aux parachutages d’armes de la Résistance de 1944. Cédric GRAND, bénévole de #MauriennisezVous, était là. Il a rapporté des photos et les voix de ceux qui ont parlé. Voici ce qu’il a vu, et l’histoire qu’on a racontée ce matin-là.
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Les porte-drapeaux remontent la rue des Chasseurs Alpins, peu avant 11 heures. Photo : Cédric GRAND.
Un matin d’octobre devant la stèle des parachutistes de La Toussuire
Le ciel est d’un bleu sans faille. Les mélèzes ont commencé à jaunir. Sur la pelouse du lotissement des Campanules, au 536 rue des Chasseurs Alpins, un bloc de pierre brute se dresse entre deux sapins. Cinq drapeaux tricolores s’ouvrent en éventail à son sommet.
Le rendez-vous était fixé à 10 h 30, la cérémonie à 11 heures. Peu à peu, la rue se remplit. Il y a les anciens, médailles sur la poitrine. Il y a les élus, écharpe tricolore en travers de la veste. Il y a les enfants des écoles avec leurs enseignantes, les musiciens, les habitants de la station et de la vallée.
Les porte-drapeaux arrivent en file, gants blancs, pas réglé. On lit sur la soie des drapeaux les noms des sections d’anciens combattants venues de la vallée : Montpascal, Hermillon, Pontamafrey. Et les noms des guerres : 14-18, 39-45, Indochine, Algérie, OPEX.

Les drapeaux des sections d’anciens combattants de la vallée. Photo : Cédric GRAND.
Pourquoi cette cérémonie : la volonté de Jean-Léon Girardin
Ce rendez-vous n’existait plus. Il revient à l’initiative de Jean-Léon Girardin, maire honoraire de Fontcouverte-La Toussuire. Il a succédé à Louis Buisson à la fin des années 1970. Il a servi en Algérie au 9e Régiment de Chasseurs Parachutistes. Et c’est sous son mandat, dans les années 1980, que la stèle a été posée ici.
La municipalité du maire Christophe Truchet a répondu à son souhait. L’invitation disait tout : une cérémonie «en mémoire des parachutages d’armes et de celles et ceux qui ont contribué à la Résistance ».

L’invitation de la commune de Fontcouverte-La Toussuire.
Ce que racontent les deux plaques de la stèle
Approchez-vous du rocher. Deux plaques y sont scellées, l’une au-dessus de l’autre.
- La plaque blanche, en haut : «En souvenir des parachutages d’armes pour les maquis F.F.I. de Maurienne ». Dessous, deux dates, 30 avril 1944 et 18 juin 1944, et le dessin gravé d’un parachute.
- La plaque de bronze, en bas : «Hommage à nos morts pour la patrie ». Elle est signée de la commune de Fontcouverte-La Toussuire et datée du 11 novembre 1988.
Jean-Pierre et Nicole Buisson, avec Jean-Claude Bonnel, ont raconté à Cédric l’origine du monument. Les parachutages n’ont pas eu lieu ici, au cœur de la station. Ils se faisaient plus haut, sur les alpages, vers le Plan de la Guerre. La stèle a été posée en bas pour offrir un lieu où l’on puisse se rassembler.

La stèle, quelques minutes avant la cérémonie. Photo : Cédric GRAND.
Parachutages d’armes en Maurienne : les nuits de 1944
Le maire Christophe Truchet a ouvert la cérémonie en remontant le temps. Au printemps 1944, la Maurienne est un passage. Ses routes, sa voie ferrée, ses tunnels et ses cols relient la France à l’Italie. Pour l’occupant comme pour la Résistance, la vallée compte.
Pour armer le maquis F.F.I. de Maurienne, il faut des armes. Elles viennent de Londres, par les airs. Imaginez une nuit d’avril, sur le plateau. Le froid tombe des sommets. Des hommes guettent le grondement d’un avion. Il a fallu repérer le terrain, convenir des signaux, allumer les feux au bon moment.
Puis les parachutes s’ouvrent dans le noir. Il faut retrouver les conteneurs, parfois dispersés par le vent. Il faut les porter, les cacher, répartir les armes, sans éveiller le moindre soupçon. Chaque geste pouvait coûter la vie.
Derrière les maquisards, toute une chaîne de solidarité : agents de liaison, paysans, familles de la montagne. Des gens sans uniforme, qui hébergeaient, renseignaient, protégeaient.
Christophe Truchet l’a dit avec honnêteté : «Aujourd’hui, nous ne prétendons pas connaître tous les noms, tous les lieux, ni tous les détails de ces opérations. Une partie de cette histoire reste à approfondir grâce aux archives et aux témoignages locaux. »

Christophe Truchet, maire de Fontcouverte-La Toussuire, au micro. Photo : Cédric GRAND.
Les noms qu’on ne veut pas oublier
Jean-Léon Girardin a pris la parole à son tour, béret rouge sur la tête. Il a salué toutes les générations du feu : 1870, 1914-1918, 1939-1945, l’Indochine, l’Afrique du Nord, les opérations extérieures. Il a cité Fernand Bertrand, ancien des OPEX et trésorier de l’amicale. Puis il a rappelé des noms de chez nous.

Jean-Léon Girardin, maire honoraire, devant la stèle qu’il a fait ériger. Photo : Cédric GRAND.
Étienne-Albert Marcoz, le faucheur de Jarrier
Lundi 10 juillet 1944. Étienne-Albert Marcoz a 42 ans. Il est cultivateur à Jarrier, père de quatre enfants. Il rentre du pré de fauche, la faux sur l’épaule. Un soldat nazi l’abat froidement. Sa fille Colette épousera Fernand Bonnel. Son arrière-petit-fils, Lionnel, siège aujourd’hui au conseil municipal.
Le groupe Albert Rossat : quatorze hommes de Fontcouverte
«La Patrie est en danger ! » À Fontcouverte, quatorze habitants répondent. Ils forment le groupe Albert Rossat. On ne connaît pas aujourd’hui la liste complète de leurs noms. C’est l’une des pages que les archives et les familles peuvent encore aider à écrire.
Le tunnel des Quatre-Jarriens, 27 août 1944
Dix jours après le débarquement de Provence, la Libération gagne la vallée. Le 27 août 1944, une colonne allemande descend la vallée des Arves vers Saint-Jean-de-Maurienne. Au tunnel de l’Arcelaz, sur la RD 926, quatre jeunes de Jarrier lui barrent la route, les armes à la main. Ils y perdent la vie :
- René Viallet ;
- Albert-Henri Viallet ;
- Maurice Gaden ;
- Michel Juillard.
Le tunnel porte aujourd’hui leur souvenir : on l’appelle le tunnel des Quatre-Jarriens.

Les enfants des écoles, à gauche, ont chanté La Marseillaise. Photo : Cédric GRAND.
La Toussuire et les Chasseurs Alpins, une vieille fidélité
La rue où se dresse la stèle ne s’appelle pas ainsi par hasard. Bien des hommes de la commune, skieurs et montagnards, ont servi chez les Chasseurs Alpins. Jean-Léon Girardin a cité Louis Buisson, maire honoraire. Il a cité André Augert, président des anciens combattants, qui a connu les combats du Roc Noir. Il a aussi cité Alain Bonnel et Gérard Rossat.
Aux premiers temps de la station, ce sont les chasseurs du 13e BCA qui damaient les pistes, skis aux pieds. Sylvain Truchet, grand-père du maire actuel, logeait une section sur sa propriété. Le bataillon l’a fait caporal d’honneur. La rue des Chasseurs Alpins a été inaugurée par le colonel Naves, alors chef de corps du 13e BCA.
«Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons »
Sophie Verney, conseillère départementale, a parlé de ce qui s’efface. Les souvenirs s’estompent, les photos ternissent. Il faut les entretenir. Elle a cité Paul Éluard : «Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ». Puis André Malraux : «L’esprit donne l’idée d’une nation, mais ce qui fait sa force sentimentale, c’est la communauté de rêve ». Elle a aussi convoqué Romain Rolland et Marc Chagall.
Elle a salué la confiance nouée entre Londres et le maquis. D’un côté, les équipes alliées. De l’autre, des villageois sans uniforme, dans les montagnes de Savoie.

Le public, massé le long de la rue, face aux porte-drapeaux. Photo : Cédric GRAND.
Et maintenant : transmettre
En clôture, Christophe Truchet a remercié Jean-Léon Girardin, les anciens combattants, les porte-drapeaux, les musiciens et les élus. Il a remercié les enseignantes, dont Mme Martine, et les enfants venus chanter La Marseillaise. Son souhait : inscrire ce rendez-vous dans le calendrier commémoratif de la commune, pour que la jeunesse s’en empare.
Puis chacun a rejoint la salle Jean-Pierre Augert, à midi, pour le verre de l’amitié offert par la municipalité. On y a parlé des anciens, des noms, des familles. C’est souvent là que la mémoire se transmet le mieux.

Anciens combattants et élus locaux devant la stèle. Photo : Cédric GRAND.
Vous avez un souvenir, une photo, un nom ?
#MauriennisezVous recueille la mémoire de la vallée : celle des habitants, des villages, des luttes et des fêtes. Si votre famille garde une photo, une lettre ou un récit des parachutages de 1944, ou des quatorze du groupe Albert Rossat, écrivez-nous. Ensemble, on peut compléter cette histoire.
Pour rester à La Toussuire, (re)lisez l’exploit de Lorna Bonnel, record du Mont-Blanc à skis, ou les 20 ans de la médaille d’or de Jean-Pierre Vidal.
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Photos et enregistrements : Cédric GRAND, bénévole de #MauriennisezVous.





