Vernissage à la salle des fêtes de Fourneaux : François CHEMIN, maire de Fourneaux, parle au micro à côté d'Yves DURBET, de Magali SPANIOL et d'Humberto FERNANDES, devant le kakemono de la préfète de la Savoie et les photos de la crue exposées

Crue du Charmaix : Fourneaux fait vivre la mémoire du risque

Le 13 octobre 2026, Fourneaux revenait sur la crue du Charmaix de 2025 : l'exposition « Souvenirs Majeurs du Charmaix », un forum des secours et des services, et une conférence de 2020 à réécouter.

Un peu plus d’un an après la crue du Charmaix, Fourneaux a pris le temps de se souvenir. Mardi 13 octobre 2026, la préfecture de la Savoie y organisait une journée de sensibilisation aux risques naturels : le vernissage de l’exposition « Souvenirs Majeurs du Charmaix », puis un forum avec les services qui gèrent les crises. #MauriennisezVous était à la salle des fêtes. Et c’est l’occasion de vous faire réécouter une conférence captée par nos bénévoles en 2020 : Alain Marnezy sur l’Arc et ses torrents.

➜ Écouter la conférence d’Alain Marnezy en podcast

Vernissage à la salle des fêtes de Fourneaux : François CHEMIN, maire de Fourneaux, parle au micro à côté d'Yves DURBET, de Magali SPANIOL et d'Humberto FERNANDES, devant le kakemono de la préfète de la Savoie et les photos de la crue exposées

Au vernissage, de gauche à droite : François CHEMIN, maire de Fourneaux ; Yves DURBET, vice-président du Syndicat du Pays de Maurienne chargé de la GEMAPI ; Magali SPANIOL, sous-préfète de Saint-Jean-de-Maurienne ; Humberto FERNANDES, maire de Modane.

Crue du Charmaix : ce qui s’est passé les 30 juin et 1er juillet 2025

Le 30 juin 2025, après plusieurs jours de fortes chaleurs, de violents orages éclatent en fin d’après-midi sur la Maurienne. Le torrent du Charmaix entre brutalement en crue et déborde à Fourneaux et à Modane. Selon la préfecture de la Savoie, c’est sa crue la plus importante depuis 70 ans : l’événement le plus intense observé sur le secteur depuis au moins 1955.

Le soir du 30 juin : l’eau, la boue et les routes coupées

L’eau monte jusqu’à 50 cm dans certains quartiers. Elle charrie de la boue et des matériaux, surtout à Fourneaux. Le bilan dressé le lendemain par la préfecture :

  • une centaine de caves inondées à Modane et à Fourneaux ;
  • des habitations, des commerces et des bâtiments publics touchés ;
  • l’école de Fourneaux partiellement inondée, et fermée le 1er juillet ;
  • quinze personnes mises à l’abri par les sapeurs-pompiers du SDIS dans les salles des fêtes de Fourneaux et de Modane.

La salle des fêtes de Fourneaux, qui a accueilli les personnes mises à l’abri ce soir-là, est celle où s’est tenu le vernissage de l’exposition, quinze mois plus tard.

La vallée se retrouve coupée. Entre Modane et Fourneaux, les routes départementales RD 215 et RD 1006 sont bloquées, et la circulation est reportée sur la plateforme du tunnel du Fréjus. Les trains entre la France et l’Italie sont arrêtés dans les deux sens. Quatre pelles mécaniques déblaient les matériaux, avec les services des communes, le Syndicat du Pays de Maurienne et le service ONF-RTM.

Le même soir, dans la vallée des Villards, le torrent du Glandon déborde à Saint-Colomban-des-Villards. Il inonde la RD 927 et touche quatre maisons au lieu-dit La Chal, dont les habitants sont mis à l’abri.

Le 1er juillet : le grand nettoyage

Maires, équipes municipales, sapeurs-pompiers, agents du Département, gendarmes et équipes de l’ONF-RTM sont restés mobilisés toute la soirée et une partie de la nuit. Au matin, vingt sapeurs-pompiers pompent l’eau et nettoient les boues avec les services techniques des communes. Des bénévoles arrivent pour leur prêter main-forte.

La RD 215 rouvre aux voitures entre Modane et Fourneaux. La RD 1006 reste fermée, et le trafic ferroviaire vers l’Italie reste interrompu le temps des diagnostics de SNCF Réseau. Les dégâts matériels sont lourds. Mais il n’y a eu aucune victime.

Le 1er juillet 2025, au lendemain de la crue, Jean-Luc Viart, photographe à Modane (Studio Viart), a réalisé une série de photos dans les rues de Modane et de Fourneaux. On y voit la boue et les galets laissés par le torrent, et les habitants venus prêter main-forte aux secours, aux services techniques et aux entreprises pour déblayer. Voir la série de photos de Jean-Luc Viart sur Facebook.

Capture de la publication Facebook de Jean-Luc VIART du 1er juillet 2025 : son texte sur la crue du Charmaix et quatre photos d'habitants et d'agents en gilet jaune raclant la boue dans une rue, devant des immeubles et une pelleteuse

La publication de Jean-Luc VIART le 1er juillet 2025. Photos : Jean-Luc VIART / Studio Viart, Modane.

Bonus : en 1906, le Charmaix avait déjà ravagé Fourneaux

La crue de 2025 n’est pas la première. Le site Mémoire des catastrophes (IHMEC) publie deux cartes postales anciennes de la collection MA Podevin, datées de la « catastrophe du 23 juillet 1906 » :

  • « Modane-Fourneaux après la catastrophe du 23 juillet 1906. Le village ravagé par le torrent du Charmaix » : l’église se dresse au milieu d’un champ de blocs et de galets, des habitants posent parmi les pierres ;
  • « Fourneaux. Catastrophe du 23 juillet 1906. Travaux d’endiguement du torrent » : des ouvriers s’activent dans le lit du torrent, le village en arrière-plan.

Cent dix-neuf ans séparent ces deux crues. Les cartes rappellent ce que dit l’exposition : la mémoire du risque se transmet, ou elle se perd.

➜ Voir les cartes postales de 1906 sur Mémoire des catastrophes

Avant le vernissage, nous sommes allés voir le torrent dans la traversée de Fourneaux. Le voici le 13 octobre 2026, entre ses berges de béton et d’enrochements.

Chenal en béton du torrent du Charmaix à Fourneaux, enjambé par une passerelle métallique, avec des immeubles en arrière-planPasserelle métallique au-dessus du chenal bétonné du torrent du Charmaix, une échelle fixée à la paroi et l'eau qui s'écoule au fondLit de galets du torrent du Charmaix entre un mur en pierres et des berges bétonnées, un viaduc routier en arrière-planEau du torrent du Charmaix dévalant des blocs de rocher le long d'une berge en enrochements et d'un talus bétonné

« Souvenirs Majeurs du Charmaix » : la crue racontée par ceux qui l’ont vécue

Le vernissage a ouvert la journée à 16 h 30. L’exposition rassemble des photographies et des témoignages sur la crue du 30 juin 2025 et les jours qui ont suivi.

On y entend celles et ceux qui ont vécu, accompagné ou géré l’événement :

  • des habitants et des commerçants ;
  • des élus et les services de l’État ;
  • les secours et les techniciens ;
  • des entreprises et des bénévoles.

Le panneau d’introduction liste les témoins. La préfète de la Savoie Vanina Nicoli y côtoie la DDT, le service RTM-ONF, le SDIS, le pôle GEMAPI du SPM, deux entreprises, des bénévoles, une fleuriste, un artisan boucher et des habitantes de Fourneaux. L’exposition a été réalisée par Benjamin Fauges, en collaboration avec Astérisques Consultants, et financée par la préfecture.

Panneau d'introduction de l'exposition Souvenirs Majeurs du Charmaix : texte sur la crue du 30 juin 2025, vue aérienne d'une rue inondée et liste des témoins

Le projet ne cherche pas à faire le récit complet de la crue. Il veut en garder des traces : celles du phénomène, mais aussi des gestes, des décisions, des émotions et des solidarités. Le panneau d’introduction le dit simplement :

« Faire vivre la mémoire du risque ne consiste pas seulement à se souvenir de ce qui s’est passé. C’est aussi transmettre une expérience. »

Le but : mieux comprendre le territoire, mieux l’habiter et mieux se préparer.

L’exposition reste visible jusqu’au 13 novembre 2026

Vous l’avez manquée ? Elle reste visible jusqu’au 13 novembre 2026 à la mairie de Fourneaux, place de la Mairie, aux horaires d’ouverture habituels (à retrouver sur le site de la mairie).

Écouter les témoins de l’exposition en vidéo

Sur les panneaux, des QR codes donnent la parole aux témoins. Rien ne remplace la visite : on vous invite vraiment à aller voir l’exposition à Fourneaux. Mais pour celles et ceux qui ne pourront pas s’y rendre, voici les sept témoignages filmés, publiés par la préfecture de la Savoie :

Forum des acteurs de la gestion des risques : qui fait quoi en cas de crise ?

De 17 h à 19 h, le public a pu rencontrer les services mobilisés pour la prévention et la gestion de crise. Au programme : des échanges et des ateliers pour connaître le rôle de chacun et adopter les bons réflexes face aux risques naturels.

Étaient présents :

  • la Direction départementale des Territoires de la Savoie (DDT) ;
  • les communes de Fourneaux et de Modane ;
  • le service Restauration des terrains en montagne Alpes du Nord (ONF-RTM) ;
  • le Service départemental d’incendie et de secours de la Savoie (SDIS) ;
  • le Syndicat du Pays de Maurienne (SPM), au titre de la compétence GEMAPI ;
  • la Croix-Rouge française.

Couverture du livre Restaurer la montagne, photographies des Eaux et Forêts du XIXe siècle : trois hommes avec des appareils de mesure debout sur un énorme bloc de rocher

Photographié pendant le forum : « Restaurer la montagne », un livre de photographies des Eaux et Forêts du XIXᵉ siècle. Ces images racontent les premiers chantiers de restauration des terrains en montagne.

Cette journée s’inscrivait dans la 5ᵉ édition de la Journée nationale de la résilience. Créé en 2022, ce rendez-vous veut développer la culture du risque et préparer chacun à réagir avant, pendant et après une catastrophe.

Se souvenir, comprendre, se préparer : c’est tout le sens de la journée de Fourneaux. Mais pour comprendre le Charmaix, il faut regarder plus loin que le 30 juin 2025. Les torrents de Maurienne ont une longue histoire, faite de crues, de digues et d’une mémoire qui s’efface vite.

Les torrents de Maurienne racontés par Alain Marnezy (conférence de 2020)

Cette histoire, un géographe d’Aussois l’a racontée devant le public mauriennais. Spécialiste des torrents de Maurienne, Alain Marnezy a consacré sa thèse à l’Arc. En juillet 2020, il donnait une conférence intitulée « L’Arc et ses torrents : des eaux sauvages aux eaux domestiquées ».

Les bénévoles de #MauriennisezVous l’ont enregistrée. Six ans plus tard, elle répond à bien des questions posées par la crue du Charmaix : d’où viennent les grandes crues, ce que les digues et les barrages peuvent empêcher ou non, et pourquoi on oublie si vite le danger.

Petite anecdote : ce soir de juillet 2020, nous étions six dans la salle ! Une conférence de ce niveau devant une salle presque vide, c’est exactement pour ça que nos bénévoles enregistrent : grâce au podcast, chacun peut l’écouter aujourd’hui.

Enregistreur audio Zoom H6 en marche, voyants rouges allumés, utilisé par les bénévoles de #MauriennisezVous pour capter la conférence d'Alain Marnezy en 2020

Notre enregistreur en juillet 2020, pendant la conférence d’Alain Marnezy : c’est ainsi que nos bénévoles l’ont captée pour le podcast.

Qui est Alain Marnezy ?

Alain Marnezy est enseignant-chercheur en géographie à l’Université de Savoie. Plusieurs de ses travaux portent sur l’Arc et ses torrents. Quelques-unes de ses publications :

Ses articles sont en libre accès sur sa page Persée.

La « vallée du mauvais torrent »

La conférence s’ouvre sur une étymologie. L’historien Jean Prieur rapproche le nom de la Maurienne du latin malus (mauvais) et de rieu (torrent) : la vallée du mauvais torrent.

L’Arc naît au glacier des sources de l’Arc, à Bonneval-sur-Arc. Il parcourt 120 km jusqu’à l’Isère. Ses grandes crues viennent souvent de la « Lombarde » : un air chaud et très humide venu du Piémont franchit la frontière et déverse des pluies diluviennes. La crue de référence reste celle de juin 1957. D’autres ont suivi : 1993, 1994, 1995, 2000, 2008.

Alain Marnezy au pupitre devant la diapositive « Pont de Loutraz, Modane, 29 mai 2008 » montrant l'Arc en crue sous un pont métallique

La crue de l’Arc à Modane, sous le pont de Loutraz, le 29 mai 2008 : une des photos projetées par Alain Marnezy pendant sa conférence.

Deux siècles pour domestiquer l’Arc

À partir de 1800, la rivière est corsetée. Les digues se succèdent : sous Napoléon pour la route d’Italie, puis pour la voie ferrée, et enfin pour l’autoroute A43. Après les grandes inondations des années 1850-1860, l’État crée le service de Restauration des terrains en montagne (RTM). Ses chantiers reboisent les hauts de bassins et aménagent les torrents, comme à Saint-Julien-Montdenis, où le Claret reçoit plus tard une plage de dépôt.

Puis vient la houille blanche. Barrages de Bissorte, d’Aussois, du Mont-Cenis : selon Alain Marnezy, la Maurienne est devenue la vallée alpine la plus équipée de France.

Carte projetée des aménagements hydroélectriques et des stations de sports d'hiver en Haute-Maurienne : barrages, prises d'eau, centrales EDF, de Bissorte au Mont-Cenis et à Bonneval-sur-Arc

Les aménagements hydroélectriques de Haute-Maurienne, en grande partie exploités par EDF : barrages, prises d’eau, galeries et centrales, de Bissorte au Mont-Cenis. Carte projetée par Alain Marnezy pendant sa conférence.

La mémoire du risque, déjà au cœur du sujet en 2020

Deux idées de la conférence résonnent fort après la crue du Charmaix :

  • Les barrages ne protègent pas de tout. Ils effacent les petites et moyennes crues, mais les retenues de Maurienne sont trop petites pour absorber les crues majeures.
  • On oublie vite. Entre 1957 et 1993, 36 ans sans grande crue ont fait croire à beaucoup que les barrages protégeaient la vallée pour de bon. Les crues répétées depuis 1993 ont ravivé la conscience du risque.

Alain Marnezy présentait aussi la gestion actuelle : depuis 2019, la compétence GEMAPI revient au Syndicat du Pays de Maurienne, de Bonneval à Épierre. Ce même SPM participait au forum de Fourneaux.

Alain Marnezy au pupitre devant la photo d'une pelleteuse qui cure un lit de torrent encombré de pierres, un agent en gilet jaune au premier plan

Alain Marnezy au pupitre sur une scène de théâtre, devant la projection d'une rivière en crue aux eaux boueuses au pied d'un barrageAlain Marnezy au pupitre, le bras tendu vers la photo projetée d'un lit de torrent creusé dans les pierres et les blocs, entre des versants boisésDiapositive projetée : un épais dépôt de pierres et de boue laissé par une lave torrentielle au bord d'une rivière, entre des versants boisésDernière diapositive de la conférence d'Alain Marnezy : une cascade dans une falaise et le message « Merci de votre attention »

➜ Écouter « L’Arc et ses torrents » en podcast

Pour aller plus loin, écoutez aussi la géographe Thérèse Hugerot sur le torrent du Claret et la métamorphose des paysages de Maurienne. Toutes nos conférences sont réunies sur notre page Podcasts.

Informations pratiques

Exposition « Souvenirs Majeurs du Charmaix »

  • 📅 Jusqu’au 13 novembre 2026
  • 📍 Mairie de Fourneaux, place de la Mairie (Savoie)
  • 🕘 Aux horaires d’ouverture de la mairie (ci-dessous)
  • 🖼️ Photographies et témoignages sur la crue du Charmaix de 2025

Mairie de Fourneaux

Horaires d’ouverture

  • Lundi : 8 h-12 h et 13 h-17 h 30
  • Mardi : 8 h-12 h et 14 h-17 h 30
  • Mercredi : 8 h-12 h
  • Jeudi : 8 h-12 h et 13 h 30-17 h 30
  • Vendredi : 8 h-12 h et 14 h-17 h

Pour en savoir plus

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#MauriennisezVous est une association de bénévoles. Nos films, podcasts, webcams et expositions sont réalisés par des habitants de la vallée, sans salarié. La conférence d’Alain Marnezy, ce sont nos bénévoles qui l’ont enregistrée. L’adhésion coûte 30 € (10 € pour les chômeurs et les étudiants) : chaque adhésion nous aide à continuer.

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