Une usine de chlorate, d’aluminium et de Duralumin a vécu pendant près d’un siècle au bord de l’Arc, à Orelle. Il n’en reste presque rien. En juin 2024, Aimé Traversaz est revenu sur l’histoire de l’usine de Prémont lors d’une conférence à Orelle. Elle est en ligne, en podcast, avec notre compte rendu.
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Carte postale ancienne d’Orelle et des usines de Prémont. Photo issue des recherches de Jean-Pierre Deléglise.
Aimé Traversaz raconte Prémont, hameau d’Orelle
Aimé Traversaz est né en 1945. Il vit à Orelle et préside le groupe folklorique Les Trempatines. Il a rassemblé des photographies pour répondre à une demande d’habitants et d’amis : retrouver des images des maisons disparues du hameau.
Son diaporama s’appuie sur des collections personnelles, sur les Archives départementales de la Savoie et sur des documents d’entreprise (SMR Savoie, Elf Atochem) sauvés de la destruction par Jean-Pierre Bois.
Le train et l’eau de l’Arc : ce qui a fait naître l’usine
Deux atouts ont fait venir l’industrie à Prémont : la voie ferrée et la force de l’Arc.
- 1871 et 1872 : la ligne PLM ouvre entre Saint-Michel-de-Maurienne et Modane, une première voie puis la seconde ;
- 1923 : une avalanche majeure au ruisseau de Plan Bronze conduit à percer le tunnel de l’Âne ;
- septembre 1944 : les ponts sur l’Arc sont détruits par les troupes allemandes en retraite, puis remplacés par des ponts provisoires en sept mois, en 1945 ;
- vers 1950 : la simple halte de Prémont obtient le statut de gare.
Sur les rails, un détail surprenant : la ligne fonctionnait à l’origine avec un troisième rail électrifié, posé au centre de la voie et protégé par des planches en bois.
1893 : naissance de l’usine de Prémont
L’ingénieur suisse Boucher est chargé de repérer les chutes d’eau de la Maurienne pour la Société d’Électrochimie de Potasse, créée par Henri Gall, Paul Girod et Péchiney.
- 6 février 1893 : Boucher dépose sa demande ;
- 23 mai 1893 : l’administration militaire donne son accord ;
- 21 décembre 1893 : les installations sont éclairées ;
- mai 1894 : première fabrication. Le curé d’Orelle vient bénir le site.
L’eau est prélevée au barrage du Pont des Chèvres, à 912,6 m d’altitude. Un canal souterrain de 2 200 m la conduit jusqu’aux conduites forcées, qui assurent environ 80 mètres de chute jusqu’aux turbines.
Chlorate, aluminium, Duralumin : ce qu’on fabriquait à Prémont
L’usine a changé de fabrications tout au long du XXe siècle :
- chlorate de potassium, dès 1894, pour les explosifs et les allumettes (1 gramme suffit pour 100 allumettes) ;
- chlorate de sodium, utilisé comme désherbant, pour blanchir la pâte à papier ou traiter les eaux usées ;
- aluminium, à partir de 1906 et 1907 avec la « salle 1907 », d’une pureté exceptionnelle (le « Label Prémont ») ;
- Duralumin, à partir de 1910, pour l’aéronautique ;
- carbure de calcium, permanganate de potassium, acide perchlorique, perborate de sodium.
Le conditionnement faisait travailler la vallée : des fûts en bois venus de la scierie Guigaz de Saint-Michel, et des sacs de jute cousus par les femmes d’Orelle.

L’usine de Prémont vue depuis la rive de l’Arc. Photo issue des recherches de Jean-Pierre Deléglise.
Vie ouvrière : du lait gratuit et des douches pour le village
Les cuves d’électrolyse dégageaient des vapeurs de chlore et de fluor. Pour protéger les ouvriers, la direction a installé une écurie au bas du chemin de Prémont et distribuait chaque jour du lait frais, gratuitement.
L’usine, c’était aussi des logements de fonction, la maison du directeur, une cantine construite en 1948 et une coopérative. Les douches étaient ouvertes aux habitants du village jusqu’en 1962. L’ancienne centrale accueillait même les fêtes des enfants d’Orelle : fanfares et arbres de Noël.
Pour passer l’Arc, un téléférage (téléphérique à deux câbles) est installé en 1932. En 1941, un pont métallique est assemblé dans la salle 1907, puis lancé un dimanche pour relier l’usine à la gare.
De 1944 à 2009 : les destructions et la fermeture
- septembre 1944 : en déroute, les troupes allemandes font sauter la centrale, les conduites forcées, le barrage et des habitations ;
- 1946 : la production d’électricité est nationalisée, dans EDF ;
- 1974 : la centrale hydroélectrique s’arrête ;
- 13 novembre 1991 : l’électrolyse et la fabrication de chlorate s’arrêtent définitivement ;
- 1994 : début de la démolition des bâtiments de production, des habitations et de la maison du directeur ;
- 12 octobre 2009 : le pont métallique reliant l’usine à la gare est retiré.
Écouter la conférence sur l’usine de Prémont en podcast
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Pour aller plus loin sur les usines de Maurienne
- L’énigme des registres de Venthon : secrets, aluminium et collaboration au cœur des Alpes
- Notre page Mémoire, qui réunit nos conférences et témoignages sur l’histoire de la vallée.
Un grand merci à Jean-Pierre Deléglise
Les photographies anciennes de cet article viennent du travail de recherche de Jean-Pierre Deléglise, aujourd’hui décédé, qui a rassemblé et partagé des images du patrimoine de la vallée. Vous pouvez en découvrir beaucoup d’autres sur sa page Facebook. Merci à lui, et merci à Aimé Traversaz de faire revivre Prémont.
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