Laurent Fiorese, mains sur les hanches, devant la projection de la couverture de son livre L'exploit de Germain Sommeiller, lors de la conférence de la SHAM à Saint-Jean-de-Maurienne

Germain Sommeiller et le tunnel du Fréjus : la conférence de Laurent Fiorese

Laurent Fiorese raconte Germain Sommeiller et le percement du tunnel du Fréjus : conférence de la SHAM du 14 octobre 2026 à Saint-Jean-de-Maurienne, à écouter en podcast.

Germain Sommeiller et le tunnel du Fréjus : mercredi 14 octobre 2026, la salle de Pré Copet, à Saint-Jean-de-Maurienne, a replongé dans cette épopée. À l’invitation de la Société d’histoire et d’archéologie de Maurienne, Laurent Fiorese, auteur et dessinateur savoyard, a raconté comment un ingénieur de génie a percé les Alpes. Nos bénévoles ont capté la conférence : elle dure près d’une heure et elle est à écouter en podcast.

➜ Écouter la conférence sur Germain Sommeiller en podcast

Laurent Fiorese, mains sur les hanches, devant la projection de la couverture de son livre L'exploit de Germain Sommeiller, lors de la conférence de la SHAM à Saint-Jean-de-Maurienne

Laurent Fiorese devant la couverture de son livre, salle de Pré Copet. Photo : Cédric GRAND.

Laurent Fiorese, de la BD humoristique à l’épopée du Mont-Cenis

Laurent Fiorese a débuté dans la bande dessinée avec des albums humoristiques sur le lexique et les expressions savoyardes. Passionné d’histoire locale, il s’est ensuite tourné vers les grands épisodes de la région.

Après la bataille de Thônes en 1793, il s’est lancé un nouveau défi : raconter l’aventure technique et politique du percement du Mont-Cenis, que l’on appelle aujourd’hui le tunnel du Fréjus. Le résultat est un livre, L’exploit de Germain Sommeiller, et une conférence qui donne vie à ses personnages.

1850 : un royaume de Savoie-Sardaigne pris en étau

Vers 1850, le royaume de Savoie-Sardaigne est dirigé par la maison de Savoie, sous le roi Victor-Emmanuel II. Il est coincé entre la France impériale et l’Empire autrichien.

Les Alpes coupent le royaume en deux, entre le Piémont et la Savoie. Les cols sont lents à franchir et fermés une partie de l’hiver.

Camillo Benso de Cavour, ministre puis président du Conseil, rêve d’unifier la péninsule italienne. Pour moderniser le pays et rivaliser avec les grandes puissances, il mise sur le chemin de fer. Percer les Alpes devient une priorité.

Le tunnel du Fréjus : treize ans de chantier entre Modane et Bardonnèche

Le projet relie Modane, côté Savoie, à Bardonnèche (Bardonecchia), côté Piémont. Il s’agit de creuser plus de 12 kilomètres de roche, ce qui en fait à l’époque le plus long tunnel ferroviaire du monde. Le roi Victor-Emmanuel II lance les travaux le 31 août 1857 : la première mine est tirée aux Fourneaux, côté savoyard. Ce village a justement accueilli notre journée consacrée à la crue du Charmaix le 13 octobre.

Sommeiller, Grandis et Grattoni : trois ingénieurs de Turin

Cavour confie le projet à trois ingénieurs formés à l’université de Turin :

  • Germain Sommeiller, né à Saint-Jeoire-en-Faucigny, formé en Belgique et en Angleterre. Une grande partie de ses machines seront d’ailleurs construites en Belgique ;
  • Sebastiano Grandis, qu’il a connu pendant sa formation ;
  • Severino Grattoni, le troisième du trio.

Avec la barre à mine et la poudre noire, dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables, les experts annonçaient entre 30 et 40 ans de travaux. Il fallait inventer autre chose.

Les inventions de Sommeiller : l’air comprimé, l’eau des torrents et la géométrie

Sommeiller conçoit une perforatrice mue par l’air comprimé. Pour produire cet air en quantité, il utilise la force des torrents de montagne, qui actionnent d’imposants compresseurs hydrauliques. Wikipédia rappelle qu’il dépose en octobre 1853 un brevet pour un compresseur « à choc », fondé sur le principe du bélier hydraulique :

« Les travaux du côté savoyard sont conduits par l’ingénieur Germain Sommeiller, qui a déposé un an plus tôt, en octobre 1853, un brevet pour un compresseur « à choc », sur le principe du bélier hydraulique, pour la production d’air comprimé. Pour la distribution de cette énergie motrice aux perforateurs et l’aération des deux galeries du tunnel en construction, les compresseurs sont reliés par un grand conduit aux perforatrices, placées sur des chariots. »

Source : Wikipédia, « Tunnel ferroviaire du Fréjus », par ses contributeurs (historique et auteurs), texte disponible sous licence CC BY-SA 4.0.

Gravure de 1862 : grande salle des compresseurs avec de gros réservoirs d'air cylindriques couchés au sol, des colonnes et tuyaux recourbés, et quelques visiteurs et ouvriers

Les machines qui envoient l’air dans le tunnel, d’après les croquis de M. Affolter. Gravure de L’Illustration, 1862, domaine public.

L’air comprimé sert à tout : faire fonctionner les marteaux perforateurs, chasser les fumées toxiques des explosions et faire rouler de petits chariots pneumatiques. Laurent Fiorese détaille aussi l’organisation du chantier, avec deux villages ouvriers, un à Modane et un à Bardonnèche. Chacun accueille environ 2 000 travailleurs, avec forges, infirmerie et logements. À Modane, un ascenseur à contrepoids, mû par la gravité, rattrape un dénivelé de 100 mètres.

Gravure de 1862 : cinq ouvriers dans la galerie manœuvrent les perforateurs montés sur un chariot, relié par des tuyaux souples à des réservoirs d'air comprimé

Ouvriers foreurs dans la galerie. Gravure de Jules Gaildrau pour L’Illustration, 1862, domaine public.

Gravure de 1862 : un ouvrier tient une machine à forer à air comprimé, avec son long fleuret dirigé vers la paroi rocheuse, portée par un bâti métallique

La machine à forer à air comprimé. Gravure de Jules Gaildrau pour L’Illustration, 1862, domaine public.

Reste un exploit moins connu : l’alignement. Sans GPS ni électricité, les géomètres posent des jalons de pierre sur la montagne. Ils font des visées régulières au théodolite pour que les deux galeries, creusées à la rencontre l’une de l’autre, se retrouvent au bon endroit. À la jonction, l’écart entre les deux galeries est infime.

Railleries, guerre et diplomatie : les épreuves du projet

Le projet suscite le scepticisme. La presse satirique et de nombreux scientifiques le jugent irréalisable. Laurent Fiorese raconte que des ingénieurs des Ponts et Chaussées français comparaient la réussite de la perforatrice à la découverte du mouvement perpétuel.

Pour accélérer la liaison, un train provisoire à troisième rail central, le système Fell, est mis en service en 1868 par le col du Mont-Cenis. Il relie Saint-Michel-de-Maurienne à Suse, en attendant le tunnel. L’histoire du rail en Maurienne a d’ailleurs sa propre conférence sur notre site.

Ce chantier a aussi une histoire de famille. Pierre Ferrié, originaire de Limoux et ingénieur autodidacte des Ponts et Chaussées, a travaillé sur ce chemin de fer. Il était exploité par la compagnie anglaise Brassey-Fell, avec une locomotive originale : deux tambours prennent appui sur un rail central pour vaincre les fortes pentes. Son fils, né le 19 novembre 1868 à Saint-Michel-de-Maurienne, n’est autre que le général Gustave Ferrié, pionnier des transmissions et de la radiodiffusion. Sa vie est racontée dans la conférence de Michel Amoudry que nous avons captée, et dans notre article sur la Fête de la radio en Maurienne.

La politique s’invite aussi sur le chantier :

  • en 1859, Cavour obtient l’aide militaire de Napoléon III contre l’Autriche ;
  • en 1860, la Savoie et le comté de Nice sont cédés à la France par le traité de Turin, dont l’article 4 prévoit la poursuite et le financement du tunnel ;
  • lors du plébiscite de 1860, Sommeiller, attaché aux libertés italiennes et opposé au régime de Napoléon III, vote « non » et garde la nationalité sarde, puis italienne.

Dernier rebondissement, financier : la France s’était engagée à verser 19 millions de lires, avec une prime pour chaque année gagnée. Persuadée que le chantier durerait des décennies, elle a vu la facture grimper à 26,1 millions de lires quand il s’est achevé bien plus vite, selon Wikipédia.

La jonction de 1870, l’inauguration de 1871 et l’hommage à Sommeiller

Les deux équipes se rejoignent le 25 décembre 1870. Le tunnel est inauguré en septembre 1871. Épuisé et malade, Germain Sommeiller ne verra pas la fête : il meurt le 11 juillet 1871 à Saint-Jeoire-en-Faucigny, à 56 ans.

Des monuments lui rendent hommage à Turin, à Saint-Jeoire et à Modane. Dans la gare de Modane, son buste en bronze domine une colonne de blocs de pierre. La plaque annonce : « Sommeiller, 1ère percée des Alpes, 1857-1871 ».

Buste en bronze de Germain Sommeiller sur une colonne de blocs de pierre dans la gare de Modane, avec la plaque « Sommeiller, 1ère percée des Alpes, 1857-1871 » et une devise latine

Le buste de Germain Sommeiller à la gare de Modane. Photo : Florian Pépellin, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0. Pour en savoir plus : Germain Sommeiller sur Wikipédia.

Les anecdotes de fin de conférence : 1917 et Lyon-Turin

Laurent Fiorese a ponctué sa conférence de trois histoires :

  • la naissance de Sommeiller, entre 1814 et 1815, au moment des remaniements de frontières du congrès de Vienne : il a failli naître français ou suisse ;
  • le déraillement, à Saint-Michel-de-Maurienne, d’un train de soldats permissionnaires venus du front italien, causé par un freinage défaillant dans la descente vers la Maurienne (l’accident du 12 décembre 1917) ;
  • le parallèle avec le tunnel de base du Lyon-Turin, long de 57 kilomètres, qui affronte lui aussi une géologie complexe.

Pour prolonger, l’histoire du rail en Maurienne a déjà fait l’objet d’un autre rendez-vous que nous avons filmé, avec cinq intervenants lors des Journées européennes du patrimoine.

Écouter la conférence et lire le livre

La conférence complète de Laurent Fiorese dure 59 minutes. Elle est disponible dans notre podcast et sur les principales plateformes d’écoute.

Couverture du livre L'exploit de Germain Sommeiller de Laurent Fiorese : aquarelle d'un train à vapeur rouge et noir sortant d'un tunnel, un couple en tenue du XIXe siècle au premier plan, entourée des blasons de Savoie, du Piémont et de Nice

Couverture du livre « L’exploit de Germain Sommeiller », de Laurent Fiorese.

Le livre de Laurent Fiorese est en vente à la Fnac. D’autres publications de la SHAM sont présentées sur le site de la Société d’histoire et d’archéologie de Maurienne.

Affiche de la conférence de Laurent Fiorese : mercredi 14 octobre 2026 à 15h, salle de Pré Copet, avec en illustration la couverture de la bande dessinée montrant un train à vapeur sortant d'un tunnel dans les Alpes

L’affiche de la conférence de la SHAM : mercredi 14 octobre 2026 à 15h, salle de Pré Copet, rue de Pré Copet, à Saint-Jean-de-Maurienne.

Remerciements

Un grand merci à Cédric GRAND, membre de l’association, qui a enregistré la conférence et pris les photos de cet article. Merci aussi à la Société d’histoire et d’archéologie de Maurienne pour son invitation et à Laurent Fiorese pour sa générosité.

Filmer et enregistrer les conférences de la vallée, c’est garder la parole de ceux qui savent. Retrouvez toutes celles que nous avons captées depuis 2020 sur notre page Mémoire, et suivez nos prochaines productions en vous abonnant à notre chaîne YouTube.

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